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lundi 27 janvier 2014

J’aime les coquelicots, ils sont simples, fragiles mais ils sont beaux. Mais je n’ai pas trouvé de coquelicots pour décorer ma maison, alors j’ai acheté deux cadres l’un avec des tulipes rouges et l’autre avec des tournesols jaunes. C’est pas mal non plus. Maintenant que j’ai planté deux petits crochets dans le mur au dessus du buffet, je peux admirer mes tulipes et mes tournesols comme deux taches de couleur sur mon mur blanc. C’est une façon comme une autre de faire patienter mon désir de vivre dans un « chez moi » enfin terminé. Cette maison en travaux me sort par les yeux, mais je n’ai pas vraiment le temps de m’apitoyer sur l’avancée ou devrais je dire la « non avancée » des travaux. Alison vient de dévaler les escaliers en criant poursuivis par Jason qui promet de la faire passer par la fenêtre s’il l’attrape. Comment ma mère peut elle dire que c’est plus facile lorsqu’ils sont petits ? De toute façon elle n’est pas là pour me voir pendant que je cavale toute la journée pour remplir mes tâches de femme au foyer, d’ailleurs il est où mon foyer ? J’imagine une vraie femme au foyer, assise au coin du feu le regard perdu dans le vague entrain de bercer doucement son enfant ou de tricoter une chaude écharpe pour son mari. Au lieu de cela je suis une femme échevelée qui ne se pose que pour s’effondrer à pas d’heure sur son lit, éreintée par une folle journée de plus. Mes quatre enfants sont une source inépuisable de travail et de joie, beaucoup de travail et beaucoup de joie ça fait toujours beaucoup. Ce matin c’est le début de la folle journée du lundi, après le week-end il faut remettre de l’ordre, laver les draps et faire les courses. J’ai casé Alison et Jason à l’école primaire je repars donc avec Chloé et Théo vers le centre commercial avec un grand défi : ne pas les perdre ! Bon, j’avoue le but premier c’est quand même de remplir le frigo sans oublier le roulement des réserves pour s’assurer de ne pas se retrouver en mode pénurie ; je pourrai même cocher une case de plus dans mon calendrier des réserves donné par nos zélés instructeurs au foyer. Chloé tient le caddie et Théo mordille consciencieusement la partie qui reçoit le jeton. J’essaye de me concentrer sur ma liste pendant que Chloé tire le pied de son frère assis face à moi dans le chariot ; évidemment celui-ci se débat et je reçois les coups de pieds destinés à sa sœur. Je soupire, « arrêtez cinq minutes, c’est bientôt fini ». Cela ne convainc personne, ni eux ni moi mais c’est comme un rituel, il faut que j’assure tout le monde que c’est bientôt fini alors que l’on vient juste d’arriver. Comme toujours je résiste aux demandes fantaisistes de ma fille qui voudrait des glaces, une nouvelle robe, des chaussures, des fraises (c’est pas la saison), bref tout ce qui arrive à hauteur de ses yeux et achète une baguette viennoise au rayon boulangerie pour leur « clouer le bec » en fin de parcours. Ouf ! les courses sont finies, il reste ….tout le reste. Chloé voudrait que je lui chante une chanson pendant que je charge la voiture, je lui demande laquelle ; « la vache savait nager » devient la chanson du moment. Je referme le coffre, m’assure que tout le monde est bien attaché et commence à me détendre en la regardant dans le rétroviseur continuer à chantonner. Elle est si mignonne avec ses boucles brunes et son petit nez, soudain Théo se met à hurler. Je sursaute, que se passe-t-il je me retourne (heureusement nous sommes au feu rouge). Chloé a coincé le menton de son frère en lui remontant la fermeture éclair de son manteau tout en chantonnant. Mon moment de détente et d’attendrissement aura été de courte durée. La colère arrive aussi vite que Jason dans les escaliers ce matin. « Je t’ai déjà dit de ne pas lui remonter la fermeture éclair, à chaque fois tu le pinces. Tu es pénible, tu n’écoutes jamais rien, quand est-ce que tu vas te décider à obéir, à quoi ça sert que je te chante des chansons pour que tu me mettes en colère en embêtant ton petit frère» Je m’arrête parce que je sens que je pourrais continuer encore un moment sur le chapitre et que cela n’avance à rien. Chloé boude, elle ne l’a pas fait exprès dit-elle, je ne suis pas une gentille maman, je crie tout le temps. Le moment de béatitude est bien passé, je me trouve en pleine crise, Théo pleure, Chloé proteste et moi j’ai honte de m’être énervée aussi vite. « Qu’est-ce que Jésus ferait s’Il était à ma place ? » Surement pas passer ses nerfs dans une litanie de reproches, et si la vache savait nager, je ne savais assurément pas rester zen dés les enseignements du dimanche derrière moi. Je n’ai pas le temps de me repentir, il faut rapidement préparer le repas et garder l’œil sur la pendule pour ne pas louper l’heure de la sieste, ce moment magique où mes deux petits redevenus mes anges s’endorment pour un repos bien mérité. Mais aujourd’hui, mes anges n’ont pas sommeil et la sieste tourne à l’affrontement. Je menace, je promets, rien n’y fait. La frustration est là. Je vais donc continuer le ménage avec un Théo grognon et une Chloé survoltée qui s’ennuie. Je me décide à faire une prière silencieuse : « Père Céleste, que veux-tu que je fasse ? »La réponse arrive aussitôt « vas au parc ». Je n’ai pas envie d’interrompre le rangement mais je sais que si je pose une question la moindre des choses c’est d’obéir. Très fière de moi je me décide à laisser tout en plan pour suivre ma réponse, mais les enfants ne l’entendent pas de cette oreille : ils n’ont pas envie d’aller au parc ! Je m’efforce de rester calme, de ne pas me sentir rejetée par leur attitude, de relativiser ce sont des petits, mais la moutarde me monte au nez. C’est si difficile que ça d’aller au parc ? Finalement leur résistance s’arrête aussi soudainement qu’elle était apparue et nous voilà partis au parc. Ils sont contents d’être là et je recommence à me détendre à les voir jouer gentiment, je me sens très bénie de pouvoir être là au soleil d’hiver à profiter de mes enfants qui jouent. L’heure tourne, et c’est le moment d’aller rechercher les grands. Je n’ai pas terminé ce que j’avais prévu de faire mais mon moral est remonté au beau fixe, je me sens bien. Nous arrivons pile à l’heure de l’ouverture du portail et les petits sont impatients de retrouver leurs aînés. A peine le bisou donné je remarque que Jason n’est pas de bonne humeur. « Que se passe-t-il mon bonhomme ? ». Le bonhomme n’a pas envie de parler, il marmonne quelque chose qui semble vouloir dire qu’il n’y a rien d’important. J’insiste sans succès et décide de ne pas ternir nos retrouvailles, je réessayerai au goûter. Le placard étant plein le goûter est joyeux, du chocolat, des madeleines. Alison monopolise l’attention en racontant sa journée, les petits n’en perdent pas une miette. Seul Jason semble absent, je décide de le prendre à part pour ne pas risquer que sa sœur s’en mêle ; ils ont le chic pour s’attraper pour tout et pour rien. Une fois le goûter fini je lui demande de rester pour m’aider, il n’est pas dupe et se doute que je veux lui parler. Il me faut des trésors de patience pour arriver à lui tirer des explications en imaginant mille et une possibilités : mauvaise note, dispute avec un copain, bagarre, tricherie. Quand finalement il m’explique la raison de sa mine contrariée c’est moi qui reste silencieuse. Après avoir parlé à un copain de sa classe de ce qu’il fait à la Primaire, Jason lui a proposé de l’accompagner à une activité. Le copain en a parlé à sa maman le midi. Au retour de la cantine le copain, sa maman et la maîtresse l’attendaient pour lui parler. Mademoiselle Ticquet lui a expliqué qu’il ne devait pas parler de sa religion à l’école, que c’était personnel. La maman de son copain n’a rien dit mais elle semblait fâchée. Jason est triste, il ne comprend pas ce qu’il a fait de mal mais il est encore plus triste pour son copain : « Il ne pourra pas connaître la Primaire et tout ce que l’on apprend sur Jésus, ce n’est pas juste. » Je ne sais pas quoi lui répondre, j’ai envie d’aller voir la maîtresse et lui expliquer que Jason n’a rien fait de mal, mais j’imagine que cela va aggraver les choses et je veux surtout protéger mon petit garçon. Ce soir, mon mari a une réunion à la chapelle, il rentrera tard. Je suis triste toute la soirée, je ne sais pas quoi faire pour aider Jason. Je me couche le cœur lourd, le tas de gravas devant ma fenêtre lorsque je ferme les volets achève de me plomber le moral. Je vois tout en noir, je suis une mère incapable d’aimer correctement ses enfants et de leur apporter le réconfort dont ils ont besoin, je m’énerve pour rien…ce soir ma prière sera courte : « Père Céleste aide moi à voir la beauté de cette vie. » Je m’endors. C’est mardi, je me lève fatiguée d’avance de cette nouvelle journée. Ma morosité de la veille ne m’a pas quittée, machinalement j’ouvre les volets de ma chambre. Sur le tas de gravas se dresse un coquelicot, je m’arrête et le contemple. Merci Père Céleste de me montrer la beauté même sur un tas de gravas, surtout sur un tas de gravas. J’aime les coquelicots, ils sont simples, fragiles mais ils sont beaux.

1 commentaire:

  1. moi aussi j'aime les coquelicots! Et il est parfois bien difficile d'expliquer à un petit enfant pourquoi parler de Jésus est mal vu dans les écoles françaises ( je dis Jésus, mais Abraham, Mahomet, Zarathoustra, Bouddha, Lao Tseu, ou le Guru Nanak ont droit au même traitement...) Et après, l'Education Nationale leur explique que le racisme et l'intolérance ce n'est pas bien. Cherchez l'erreur...

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